Avant de me lancer à la pige : le BA-ba en une page !

La pige n’est pas un statut mais un mode de rémunération d’un travail journalistique à la tâche, non soumis à des horaires, mais toujours en salaire, reconnu, après une certaine régularité, comme un CDI. 

  • À la tâche : au feuillet, à la page, à la photo, au son…. Sauf en télé et agences audiovisuelles où la pige est officiellement admise pour des prestations à la journée.
  • Irrégulier : un pigiste peut écrire cinq papiers un mois, aucun le mois suivant. Il n’a pas l’obligation de faire des propositions, de rendre compte de l’organisation de son temps de travail et ses employeurs ne sont pas tenus à un volume précis de commandes chaque semaine ou mois. Chaque fiche de paie correspond à la production réelle, avec des cotisations proportionnelles.
  • Sans contrat de travail écrit : sauf exceptions, les pigistes ne signent pas de contrat de travail. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas contrat de travail ! Le code du travail (loi Cressard, cf encadré) prévoit que tout travail journalistique se fait dans le cadre d’un contrat de travail, c’est-à-dire du salariat. Et les fiches de paie valent contrat. 
  • Reconnu comme CDI : dès lors que les piges deviennent régulières, il est attendu que l’employeur garde cette régularité (moyenne de salaire équivalente d’année en année même si les piges ne sont pas réparties également chaque mois), et comme dans tout CDI tout arrêt des commandes doit être traité comme un licenciement. 
  • En solo : les pigistes, sauf exceptions, ne vont pas physiquement travailler dans les locaux de leurs employeurs. Ils travaillent chez eux ou dans des espaces de coworking. Mais ils peuvent être invités à des réunions, formations (et c’est recommandé !)
  • Sans horaires : on ne peut imposer aux pigistes des horaires de travail, sinon cela relève du CDD ou CDI mensualisé classique.
  • Avec des droits aux congés payés : à la différence des salariés mensualisés, les pigistes se voient payer leurs congés indépendamment du moment où ils les prennent (+10% ajoutés à la pige). À eux de mettre ces sommes de côté pour les semaines où ils ne rentreront pas de revenus. 
  • Avec les droits de la convention collective des journalistes : un 13è mois (dès la 3ème fiche de paie chez un employeur, et versé sous forme de 1/12è de chaque pige), une prime d’ancienneté (dès 5 ans de détention de la carte de presse : + 5% de la pige, après 10 ans de carte : + 10+, etc), le droit de partir avec des indemnités de licenciement en cas de vente du média (clause de cession) ou d’évolution notable de la ligne éditoriale (clause de conscience).
  • Avec les mêmes droits que les salariés : arrêt maladie/maternité/paternité, formation, chômage partiel, intéressement, œuvres sociales, participation aux élections de représentants du personnel, heures de délégation… Il existe des façons de calculer ces droits au prorata d’un temps plein ou au-delà d’un seuil.
  • Sans fiche de paie ni chômage les mois sans piges : si le pigiste ne fait pas de propositions de sujets ou n’est pas appelé, il ne gagne rien et n’a pas le droit au chômage car il n’a pas de fin de contrat à présenter à Pôle emploi, la pige étant un CDI. Pour obtenir des droits au chômage les pigistes doivent avoir perdu leur collaboration définitivement et donc avoir eu un licenciement (avec versement d’indemnités) ou avoir démissionné pour motif légitime.  

  

« Toute convention par laquelle une entreprise de presse s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un journaliste professionnel, est présumée être un contrat de travail. Cette présomption subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération ainsi que la qualification donnée à la convention par les parties. »

Tout travail à la tâche n’est pas forcément juridiquement à la pige. On voit apparaître des “CDDU de piges”, ce qui est antinomique. Certains parlent de piges pour des prestations irrégulières dans d’autres métiers. Mais il faut réserver le mot “pige” à des missions de journalistes, en salaire, non CDD, à la tâche. Et surtout pas aux modes de rémunération illégaux que sont, dans le journalisme : 

  • Factures d’autoentrepreneur 
  • Notes de droits d’auteur
  • CDD d’usage (dont intermittents)
  • Honoraires de CLP (correspondant local de presse, qui ne doit pas être un travail de journaliste)

A noter : Le CDD à la journée, très répandu, n’est pas illégal, mais l’objet de nombreux abus

Toutes les formes de presse n’ont pas de barème conventionnel de piges, mais ceux qui existent sont revalorisés lors des NAO de branche. Retrouvez tous les barèmes de pige ici : https://cfdt-pigistes.fr/les-baremes- conventionnels-de-piges 

Attention au « tout compris ». Tout tarif de pige doit être annoncé par l’employeur en brut, hors congés payés, 13e mois et ancienneté, qui s’ajoutent au brut de base. Les fiches de paie doivent consacrer une ligne distincte par élément de rémunération. 

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